Le Bokeh : Le flou qui sublime vos images

J’aurais plutôt dû dire l’art du flou qui sublime vos images ! Vous avez déjà tous admiré ces photos où le sujet semble littéralement flotter dans un cocon de lumière douce et où l’arrière-plan se mue en une toile de nuances pastel ou d’éclats lumineux. Vous êtes alors tombé sous le charme du bokeh. Ce mot, emprunté au japonais, signifie tout simplement « flou ». Le bokeh, c’est un art subtil, un outil magique qui peut transformer vos images en véritables œuvres d’art.

C’est quoi exactement ?

D’un point de vue technique, le bokeh correspond aux zones floues de l’image. Contrairement à la mise au point qui définit la netteté du sujet, le bokeh se concentre sur ce qui se passe dans les parties délibérément floues – souvent l’arrière-plan et/ou parfois même le premier plan. Mais pourquoi s’en soucier ? Parce que le bokeh, c’est un petit supplément d’âme qui attire l’œil, qui détache votre sujet de son environnement et qui provoque l’émotion.

Par exemple…

Regardez ce portrait où chaque détail du visage est d’une précision cristalline tandis que le premier plan et l’arrière-plan se fondent en un doux éclat de lumière. Ce contraste entre netteté et flou crée une séparation visuelle qui attire immédiatement votre regard vers le sujet. C’est là que réside toute la magie.

Une de mes photos du saxophoniste Nicolas Châtelet

Pour un bokeh réussi…

On doit parler matos…

Le bokeh n’est pas seulement la simple conséquence de la mise au point. Il dépend de plusieurs facteurs qui, combinés, déterminent son aspect final. Premier élément à prendre en compte est l’ouverture de l’objectif. C’est un peu technique (voir geek) mais plus votre ouverture est grande (c’est-à-dire, avec une valeur f faible comme f/1.8 ou f/1.4), plus ce que l’on appelle la profondeur de champ se réduit, ce qui accentue l’effet de flou en dehors de la zone de mise au point. C’est comme ca qu’on obtient un bokeh doux et crémeux.

Mon arme absolue pour le bokeh : Mon objectif 50mm qui ouvre à f1.2 !!

Ensuite, le design des lames de diaphragme joue un rôle essentiel (oui, je geek encore) : Des lames arrondies produisent des cercles de flou plus harmonieux, tandis que des lames plus anguleuses peuvent créer des formes géométriques dans les zones floues, ce qui donne un rendu différent mais tout aussi artistique. Je vous ferai plus tard un autre article sur les objectifs  réputés pour leurs bokehs très spécifiques. Aussi, plus la focale utilisée est longue, plus le flou est profond.

Mais pas que…

L’éloignement du sujet par rapport à l’arrière-plan est aussi crucial. Plus votre sujet est proche de l’objectif et loin de l’arrière-plan, plus le flou sera marqué. Cette distance amplifie l’effet de séparation et permet de créer ce sentiment d’isolement visuel du sujet.

On ne parle jamais du premier plan !

Le bokeh ne se limite pas à l’arrière-plan. Expérimentez avec des objets placés entre votre appareil photo et votre sujet. Cela peut être une branche, une vitre partiellement embuée ou même des lumières de guirlande placées stratégiquement. Ces éléments, lorsqu’ils sont flous, ajoutent une dimension supplémentaire à vos images et renforcent l’aspect onirique.

Comme un portrait capturé à travers un feuillage : Les feuilles floues au premier plan encadrent subtilement le visage et créent une profondeur immersive. De même, un paysage urbain de nuit, où les éclairages de rue se transforment en orbes lumineux délicats, peut évoquer une ambiance cinématographique unique !

Des photos que j’ai prises de Cécile, en jouant sur les flous d’arrières et de premiers plans

Un rendu cinématographique qui fait la différence

Justement, parlons-en de ce côté cinématographique. Le bokeh est l’un des secrets les mieux gardés des réalisateurs. Que ce soit dans un film noir classique où le flou enveloppe une scène de mystère, ou dans une comédie romantique où chaque éclat lumineux du décor semble pulser avec l’émotion des personnages, le bokeh apporte une esthétique qui captive. Je peux citer Stanley Kubrick, Wong Kar-wai ou David Lynch, maîtres en la matière par exemple

En photographie, vous pouvez reproduire cet effet en choisissant des sources lumineuses différentes. Des guirlandes, des lampadaires ou même des étoiles peuvent devenir des points de lumière qui se métamorphosent en éclats de bokeh lorsqu’ils passent hors de la zone de mise au point. Et si vous souhaitez aller encore plus loin, jouez avec des filtres ou des objectifs spéciaux pour créer des formes uniques : cœurs, étoiles, hexagones… L’important, c’est d’être créatif.

Comment maîtriser le bokeh sans se ruiner ?

Beaucoup pensent qu’il faut absolument investir dans un objectif coûteux pour obtenir un beau bokeh. Mais ce n’est pas forcément le cas. Même avec un objectif abordable, comme un 50mm f/1.8 (super abordable chez tous les constructeurs. Cet objectif a longtemps été mon optique préférée avant que j’investisse dans mon matériel pro), vous pouvez obtenir des résultats bluffants en jouant sur les distances de mise au point et les sources de lumière.

Une image que j’ai prise à mes débuts de photographe, avec un 50mm f1.8… Un objectif qui m’avait coûté 140 EUR !

Pensez à shooter dans des environnements riches en détails lumineux, comme des parcs illuminés la nuit ou des scènes à contre-jour où la lumière se diffracte à travers des éléments comme des feuilles ou des gouttes d’eau. Avec un peu de pratique et d’observation, vous serez capable de créer des images qui rivalisent avec celles prises avec du matériel haut de gamme.

Le flou généré par les modes portraits sur les smartphones

Jamais en reste, les smartphones proposent désormais des modes portraits capables de simuler le bokeh. Grâce à l’intelligence artificielle et aux doubles (voire triples) capteurs, ces appareils parviennent à isoler le sujet et à appliquer un flou d’arrière-plan parfois convaincant. Cependant, ce bokeh numérique, bien qu’esthétique, reste moins subtil et naturel que celui produit optiquement par un véritable objectif d’appareil photo. La profondeur et la richesse d’un bokeh optique, créées par la physique des lentilles, surpassent encore largement les capacités des algorithmes. Ces modes restent néanmoins une option pratique et rapide pour les photographes amateurs ou professionnels souhaitant capturer des images soignées sans équipement encombrant.

Le bokeh à la vie à la mort !

Le bokeh n’est pas qu’une question de technique. C’est avant  tout un vecteur d’émotion. En guidant le regard du spectateur vers le sujet principal tout en adoucissant le reste de l’image, il crée une connexion presque intime. Un regard flou et lumineux peut transmettre la solitude, la chaleur ou même la nostalgie. En photographie de mariage, par exemple, le bokeh devient un allié précieux pour capturer des moments chargés d’émotion avec une touche artistique.

Que vous cherchiez à créer une ambiance romantique, cinématographique ou simplement à mettre en valeur un détail précis, le bokeh est un outil puissant qui enrichira votre pratique et vous permettra d’explorer des horizons créatifs insoupçonnés.